Dégât des eaux : que faire dans les premières 24 heures

Gestion de sinistres · Guide pratique

Dégât des eaux : que faire dans les premières 24 heures

Les bons réflexes le premier jour conditionnent le coût des travaux et le bon déroulement du dossier d’assurance. Voici la procédure que nous appliquons sur le terrain en Île-de-France.

Publié par KFK BAT Construction · Lecture 6 min

Sur la majorité des sinistres que nous traitons en région parisienne, les dégâts auraient pu être divisés par deux si les bonnes décisions avaient été prises le premier jour. Pas par négligence : par méconnaissance. Quand on découvre une tache au plafond ou de l’eau qui coule sous une porte, le réflexe naturel est d’éponger et d’appeler son assurance. Ce n’est pas suffisant.

Voici, dans l’ordre, les actions qui font vraiment la différence.

1. Couper l’eau à la bonne vanne

Premier réflexe, et le plus mal exécuté. Quand on dit « couper l’eau », il faut comprendre fermer la vanne d’arrêt général de votre logement, généralement située dans la cuisine, la salle de bain ou un placard technique. Pas le robinet sous l’évier. Pas la vanne du chauffe-eau. La vanne générale.

Si vous habitez en copropriété et que la fuite vient manifestement d’une colonne commune (chute brutale, pression anormale, eau qui descend de plusieurs étages), il faut faire couper l’arrivée d’eau de la colonne. Cette manœuvre se fait par le syndic ou son prestataire de gardiennage. Appelez immédiatement.

À savoir

Si vous ne parvenez pas à localiser votre vanne d’arrêt général ou qu’elle est bloquée par le tartre, c’est une urgence à part entière. Notre équipe peut intervenir pour la remplacer, et cette intervention est souvent prise en charge par l’assurance dans le cadre du sinistre.

2. Couper l’électricité dans les zones touchées

L’eau et l’électricité ne se mélangent pas, mais on l’oublie quand on est dans le rush. Si l’eau atteint des prises, des appliques ou un faux plafond avec spots encastrés, coupez le disjoncteur du circuit concerné. En cas de doute, coupez le disjoncteur général.

Un conseil de terrain : avant de remettre le courant, attendez que l’expert ou un électricien soit passé. Une remise en route prématurée sur un circuit humide peut provoquer un court-circuit, voire un départ de feu plusieurs heures après.

3. Photographier avant de toucher à quoi que ce soit

Les photos sont la pièce centrale de votre dossier d’assurance. L’expert, lorsqu’il passera, n’aura sous les yeux que ce qui restera. Tout ce que vous aurez nettoyé, jeté ou réparé entre temps n’existera plus dans son rapport.

Photographiez :

  • Les zones touchées dans leur état initial, avec un cadrage large puis des plans serrés
  • Les meubles et objets endommagés, sous plusieurs angles
  • Le plafond, les murs et les sols, même les traces qui paraissent insignifiantes
  • L’origine présumée de la fuite si elle est visible
  • Les compteurs d’eau (avant et après fermeture), pour évaluer la consommation anormale

Datez les photos. Sur smartphone, la date est intégrée automatiquement aux métadonnées, mais nous recommandons aussi de prendre une photo d’un journal du jour à côté des dégâts. Vieille astuce, mais elle a sauvé plus d’un dossier en cas de litige.

4. Identifier qui est responsable

C’est l’étape qui change tout pour la suite, surtout en copropriété. Trois cas typiques :

Fuite chez vous, qui touche votre logement

Vous déclarez à votre assurance habitation. Vous êtes assuré et lésé.

Fuite chez vous, qui touche le voisin du dessous

Vous déclarez aussi, et votre voisin déclare de son côté. La convention IRSI, en vigueur depuis juin 2018, simplifie la gestion : pour les sinistres jusqu’à 5 000 € HT, c’est l’assureur de l’occupant lésé qui pilote l’expertise et le règlement. Au-delà, les assurances enclenchent une expertise contradictoire.

Fuite venant des parties communes

Colonne d’évacuation, canalisation encastrée dans un mur porteur, infiltration depuis la toiture ou la façade : la responsabilité incombe à la copropriété. Vous déclarez à votre assurance, mais vous prévenez aussi le syndic par écrit, le jour même. C’est le syndic qui déclenchera la déclaration sinistre du côté de la copropriété.

Pour les syndics qui nous lisent : la qualité du premier signalement conditionne tout le reste. Un mail clair avec photos, localisation précise (étage, lot, pièce), heure de découverte et identité du déclarant fait gagner plusieurs jours sur la prise en charge. Nous formons régulièrement les gardiens d’immeubles que nous suivons à ce premier filtrage.

5. Limiter les dégâts, sans rien jeter

La règle d’or : on protège ce qui peut l’être, on ne jette rien avant le passage de l’expert. Pas même un meuble visiblement détruit. Un canapé gorgé d’eau, un parquet gondolé, une moquette qui sent déjà le moisi : tout ça doit être documenté et conservé jusqu’à expertise, sauf si l’expert vous donne son accord par écrit pour évacuer.

Ce que vous pouvez faire :

  • Éponger l’eau stagnante (seau, serpillière, aspirateur eau et poussière si vous en avez un)
  • Déplacer les meubles et objets non touchés vers une pièce sèche
  • Ouvrir les fenêtres pour ventiler, sauf si l’humidité extérieure est forte
  • Soulever les bas de meubles encore intacts pour casser le contact avec un sol mouillé

Ce qu’il faut éviter :

  • Démonter du placo « pour voir d’où ça vient » — vous compliquez le diagnostic
  • Remettre du chauffage à fond pour sécher : vous fixez les taches sur les supports
  • Repeindre par-dessus une auréole avant assèchement complet : elle reviendra dans deux mois
  • Jeter quoi que ce soit, même un objet « foutu de toute façon »

6. Déclarer le sinistre dans les temps

La loi vous donne 5 jours ouvrés pour déclarer un sinistre dégât des eaux à votre assureur. Passé ce délai, la prise en charge peut être contestée. En pratique, faites-le sous 24 à 48 heures, idéalement par mail ou via l’application de votre assureur, avec les photos en pièce jointe.

Le constat amiable dégât des eaux (formulaire papier ou en ligne, fourni par votre assurance) sert à documenter les faits avec les autres parties impliquées. Si la fuite touche un voisin, remplissez-le ensemble. Si vous êtes en copropriété, le syndic en remplit un côté parties communes.

Erreur fréquente

Beaucoup d’assurés attendent l’accord de leur assureur pour engager les premières mesures conservatoires (assèchement, mise en sécurité). C’est une perte de temps précieuse. Les frais conservatoires raisonnables sont remboursés a posteriori sur présentation de facture. Mieux vaut agir vite que d’attendre une validation qui peut prendre une semaine.

7. Faire intervenir un professionnel pour l’assèchement

Au-delà de l’éponge, un assèchement sérieux passe par du matériel : déshumidificateurs professionnels, ventilateurs de séchage, parfois injection d’air chaud dans les cloisons. Sans ce traitement, l’humidité reste piégée dans les supports, et vous aurez de la moisissure dans six semaines.

L’assèchement prend en moyenne 5 à 15 jours selon la nature des supports et l’ampleur du sinistre. Un appartement parisien type avec cloisons placo et parquet flottant sèche en une semaine si le matériel est correctement dimensionné. Une cave en pierre, comptez trois semaines.

C’est aussi à ce moment que se prépare le devis de remise en état pour l’expert : peinture, sols, menuiseries, électricité. Plus le devis est précis et conforme aux barèmes d’assurance, plus l’indemnisation se passe sans accroc.

Et après les 24 premières heures

Une fois ces actions enclenchées, la suite se déroule en coordination avec votre assurance, l’expert et l’entreprise qui prendra en charge les travaux. Si vous êtes en copropriété, le syndic devient un acteur central de la coordination.

Un dégât des eaux bien géré dès le premier jour, c’est un dossier qui se règle en 4 à 8 semaines. Mal géré, c’est six mois de courriers, d’expertises contradictoires et de travaux qui débordent. La différence se joue dans les choses simples : couper la bonne vanne, prendre des photos, ne rien jeter, déclarer vite.

Un dégât des eaux à gérer ?

Nous intervenons en Île-de-France pour le diagnostic, l’assèchement et la remise en état complète. Décrivez-nous votre situation, nous vous rappelons sous 2 heures en journée.